Chroniques

Under The Silver Lake
Le grand bain


Par Hubert Charrier 11/06/2018

Perché dans les hauteurs, aux mêmes cimes que son acolyte David Robert Mitchell, Richard Vreeland, alias Disasterpeace, propose, avec Under The Silver Lake, une expérience atypique, passionnante et hybride tout à fait influencée. Naviguant entre les grands scores de films noirs, le chiptune et autres expérimentations plus personnelles, voici une bande originale tentaculaire et dévorante qui devrait laisser les plus paresseux sur le carreau, les plus mordus à l’asile, en compagnie de l’instable Sam.

Après It Follows, fable horrifique, ancrée dans un Détroit défraichi et lugubre, on se demandait bien, sur quel fantasque terrain, nous conduirait David Robert Mitchell. Le changement est radical. Adieu le froid de la côte Est, bonjour Los Angeles, son interminable été et ses princesses dénudées, parfois fatiguées, inspectées à la loupe, au coin sombre d’un balcon. Pour accompagner au mieux Sam dans ce périple un poil schizophrénique, le musicien Disasterpeace abandonne sa zone de confort pour sonder enfin les profondeurs de l’orchestre.

Hommage et émancipation

Hommage appuyé à l’âge d’or Hollywoodien, Under the Silver Lake multiplie les références aux films noirs de Billy Wilder, John Huston et surtout Alfred Hitchcock. Ce n’est pas un hasard si David Robert Mitchell souhaite renouer avec une certaine ampleur et spécifiquement des motifs “Herrmannesque” pour la bande originale de son film. Vertigo, Psychose ou même Obsession, l’ombre du géant New-Yorkais plane d’ailleurs ici, particulièrement dans la gestion des cordes et des cuivres. Les attaques soudaines et dissonantes de The Accomplice ou l’inquiétude ambiante de Dependable As Moonshine, Disasterpeace invite, en écho au film, à la même chasse au trésor labyrinthique. Libre à chacun d’y trouver ensuite ses propres repères, Chinatown pour les uns, The Asphalt Jungle pour les autres.

Under The Silver Lake n’est pourtant pas une démonstration passéiste et vaine. Derrière les nombreuses références et les directions empruntées, une âme se dégage de cet album. Bien épaulé par son orchestrateur Kyle Newmaster, Disasterpeace semble tracer sa voie, une écriture claire et simple, joliment structurée et précise. Chaque pupitre trouve une place nette et délimitée, grâce aussi à la présence de nombreuses parties solo, la superbe attaque de Beware the Dog Killer, la suite caractéristique A Birdwatcher/An Escort et surtout le magnifique The White Rabbit/Make the Best of It, une des meilleures pistes de l’album.

Dans ses abysses, Under The Silver Lake en aurait perdu plus d’un. Pas Disasterpeace. À la trame orchestrale vient se mêler, un style plus familier, le chiptune, utilisant les puces audio de vieilles consoles. Une mécanique parfaitement huilée pour un mariage singulier et heureux, source de belles surprises, comme l’étonnant Jefferson’s Legend. Ce pas de côté, voilà l’une des grandes forces d’un score hommage, qui n’oublie pas, parfois, de s’émanciper un peu. Une étape importante dans la jeune carrière de notre musicien, un premier saut dans le grand bain.

Under The Silver Lake, bande originale de Disasterpeace, à retrouver en physique chez Milan